Zéro déchet à la maison : les solutions simples testées en suisse romande par des familles et des colocations

Zéro déchet à la maison : les solutions simples testées en suisse romande par des familles et des colocations

Passer au zéro déchet à la maison peut paraître ambitieux, surtout quand on travaille, qu’on a des enfants ou qu’on vit en colocation. Pourtant, en Suisse romande, plusieurs familles et groupes de colocataires ont déjà commencé ce chemin… avec des solutions très simples. Certaines ont été testées à Lausanne, d’autres à Yverdon, Vevey, Neuchâtel ou Fribourg. Ce ne sont pas des “familles parfaites”, mais des gens comme vous et moi, qui ont essayé, parfois raté, puis ajusté.

Dans cet article, je vous propose un tour d’horizon de ce qu’ils ont mis en place, de ce qui a fonctionné (ou pas), et de ce que vous pouvez adapter chez vous, à votre rythme.

Pourquoi le zéro déchet séduit des familles et des colocations d’ici

En discutant avec plusieurs foyers romands, trois motivations reviennent souvent :

  • Réduire la quantité de sacs poubelle taxés (qui coûtent cher et se remplissent trop vite).
  • Alléger la charge mentale liée au “toujours plus de choses à gérer” à la maison.
  • Aligner leur mode de vie avec leur foi et leurs valeurs, notamment le respect de la création.

Une maman de deux enfants à Prilly résume bien la démarche : “On ne voulait plus se retrouver avec trois sacs de 35L après chaque week-end. On s’est dit : c’est un signe, il faut changer quelque chose.”

Du côté des colocations étudiantes, la motivation est un peu différente : “On avait envie d’un projet commun qui ait du sens. Le zéro déchet nous a donné un objectif collectif, autre que la rotation du ménage”, raconte Samuel, en colocation à Lausanne.

Ces démarches n’ont pas transformé ces foyers en militants radicaux. Ils ont simplement adopté des gestes concrets, réalistes, souvent très terre-à-terre. C’est ce que nous allons voir.

Dans la cuisine : là où tout commence (et où ça déborde vite)

La cuisine est souvent le point de départ. C’est aussi là que les sacs poubelle se remplissent le plus vite. Les familles et colocations romandes interrogées ont commencé par trois leviers : les courses, l’eau, et l’organisation du frigo.

1. Changer la façon de faire les courses

Plusieurs familles ont adopté un principe simple : “moins d’emballages, plus de vrac… mais sans se compliquer la vie”. Cela ne veut pas dire tout acheter en magasin spécialisé. Voici ce qui revient le plus souvent :

  • Apporter des sacs en tissu pour les fruits et légumes au supermarché (plutôt que les petits sacs en plastique).
  • Privilégier les produits en grands formats ou en verre (pâtes, riz, yaourts familiaux) plutôt que les portions individuelles.
  • Tester un magasin en vrac de quartier pour quelques produits de base (pâtes, céréales, lessive), sans chercher à tout y acheter.

Une famille de 4 à Renens a calculé qu’en remplaçant les yogourts individuels par un grand pot de yogourt nature et un peu de confiture maison ou achetée, elle a réduit le volume de sa poubelle de près d’un sac par mois. Rien de spectaculaire, mais sur l’année, ça compte.

2. Dire adieu (ou presque) aux bouteilles en PET

C’est un classique… qui fonctionne vraiment.

  • La plupart des foyers interrogés ont investi dans une carafe filtrante ou simplement adopté l’eau du robinet, souvent excellente en Suisse.
  • Certains ont ajouté une gourde par personne, y compris pour le travail et l’école.
  • Une colocation à Neuchâtel a mis au centre de la table une carafe en verre “officielle de la coloc” pour encourager tout le monde à l’utiliser.

Résultat concret dans une famille à Vevey : passage de deux sacs de PET par mois à un sac tous les deux mois. Et surtout, plus de packs d’eau à porter au 3ᵉ étage sans ascenseur.

3. Mieux organiser le frigo pour éviter le gaspillage

Le zéro déchet passe aussi par la réduction du gaspillage alimentaire. Plusieurs personnes ont partagé la même astuce, très simple :

  • Créer une “étagère à manger en premier” dans le frigo ou un bac dédié.
  • Y mettre tout ce qui approche de la date limite ou a été entamé.
  • Prévoir au moins un repas “reste-party” par semaine, où l’on termine ce qui reste.

Une coloc à Lausanne raconte : “Le dimanche soir, on sort tout ce qui est à finir. On prépare un grand buffet improvisé. C’est souvent plus convivial que prévu… et ça évite de jeter.”

Salle de bain : simplifier sans se priver

La salle de bain est un autre lieu où les emballages s’accumulent. Là encore, les solutions adoptées restent très pragmatiques.

1. Troquer les bouteilles de gel douche contre… un savon solide

C’est l’un des changements les plus faciles à mettre en place et qui fait partie des “succès” rapportés par presque tous les foyers interrogés :

  • Un simple savon solide pour le lavage des mains et de la douche.
  • Un porte-savon qui laisse bien sécher (pour éviter la fameuse “bouillie de savon” qui décourage tout le monde).
  • Dans certains cas, un savon spécial pour peaux sensibles, trouvé en droguerie ou en magasin bio.

Dans une famille de 5 à Fribourg, ce changement a supprimé l’achat de près de 20 bouteilles de gel douche par an. Le père de famille remarque aussi : “Les enfants s’y sont faits plus vite que nous. Pour eux, c’est devenu normal.”

2. Tester un shampoing solide (avec quelques essais nécessaires)

Beaucoup ont tenté le shampoing solide. Tous ne l’ont pas adopté. On entend souvent :

  • “Le premier essayé était catastrophique, le deuxième déjà mieux.”
  • “Ça marche bien pour mes cheveux, mais pas du tout pour ceux de ma fille.”

Une astuce revient souvent : acheter de petits formats ou des échantillons avant de s’engager sur un gros bloc. Une coloc de quatre étudiantes à Genève a finalement gardé les deux options : un shampoing solide qui convient à la plupart, et une bouteille “classique” pour celle qui ne supportait pas la texture.

L’objectif reste de réduire, pas de culpabiliser.

3. Réduire la multiplication des produits

Plusieurs familles ont fait un tri radical dans leurs placards de salle de bain :

  • Limiter les crèmes et soins au strict nécessaire (un soin visage pour tous, une crème mains commune).
  • Terminer d’abord ce qui est entamé avant d’ouvrir un nouveau produit.
  • Regrouper les produits utilisés régulièrement dans un petit panier, pour voir ce qui sert vraiment.

Une maman à Yverdon témoigne : “On avait trois gommages, quatre crèmes, des flacons à moitié vides partout. On a fini tout ce qui était utilisable, donné ce qui ne nous convenait pas, et depuis on achète beaucoup moins. La salle de bain est plus simple à ranger… et la poubelle aussi.”

Lessive, ménage, entretien : le trio des produits “qui font peur”

Beaucoup hésitent à changer leurs habitudes de ménage. Peur que ça ne nettoie pas aussi bien, peur des mauvaises odeurs, peur de se lancer dans des recettes compliquées. Les foyers interrogés ont cherché des solutions “entre deux” : un peu plus écologiques, mais toujours efficaces.

1. La lessive en vrac ou concentrée

Deux options reviennent :

  • Remplir son bidon de lessive dans un magasin en vrac (Sion, Lausanne, Neuchâtel en proposent, entre autres).
  • Passer à une lessive écologique concentrée, en réduisant les doses utilisées.

Une famille de Lausanne raconte : “Nous avons gardé notre marque, mais on met ⅔ de la dose recommandée. Les habits sont propres, et un bidon dure beaucoup plus longtemps.”

Une colocation à Fribourg a choisi la lessive en vrac : “On remplit tous le même bidon. Moins de plastique, moins de discussions sur ‘qui achète quoi’.”

2. Le trio vinaigre – bicarbonate – savon noir

Ce trio est devenu la base de nombreux foyers pour le ménage courant :

  • Vinaigre blanc dilué pour la salle de bain, les vitres, la cuisine.
  • Bicarbonate pour les surfaces un peu plus tenaces ou les odeurs.
  • Savon noir pour les sols et certaines taches.

Une maman de Gland décrit : “Je ne me voyais pas faire dix recettes maison différentes. Mais avec ces trois produits, plus une éponge et un peu d’huile de coude, on couvre 80 % des besoins. Pour le reste, on garde encore un produit ‘fort’ du commerce.”

Là encore, personne n’a tout remplacé d’un coup. Certains ont gardé un produit WC classique ou un nettoyant très spécifique pour les grosses taches. L’enjeu n’est pas d’être parfait, mais de réduire progressivement le nombre de flacons.

Organisation en famille ou en colocation : comment embarquer tout le monde

Un point commun de tous ces témoignages : si la démarche reste portée par une seule personne, elle s’essouffle vite. Quand elle devient un projet partagé, elle tient dans le temps.

1. Parler de “test” plutôt que de “révolution”

Plusieurs familles ont présenté les choses ainsi : “On essaie pendant un mois, si ça nous complique trop la vie, on revient en arrière.”

Par exemple :

  • Tester le savon solide pendant quatre semaines.
  • Essayer un mois “sans bouteilles de PET”.
  • Mettre en place une “étagère à manger en premier” et voir si ça réduit les déchets.

Le mot “test” enlève la pression. Il autorise les ajustements. Une mère de trois ados à Morges le souligne : “Mes enfants étaient réticents. Le fait de dire ‘on essaye’ a été décisif. Deux mois plus tard, c’était intégré.”

2. Répartir les petites responsabilités

En colocation, un tableau de tâches avec une ligne “zéro déchet” a parfois été ajouté :

  • Qui pense à amener les sacs en tissu pour les courses ?
  • Qui vérifie le stock de lessive en vrac et organise le remplissage ?
  • Qui s’occupe du compost ou des sacs de recyclage ?

Dans une famille, ce sont parfois les enfants qui deviennent “ambassadeurs” :

  • Un enfant responsable de rappeler de prendre les gourdes avant de partir.
  • Un autre chargé de mettre les produits bientôt périmés sur l’étagère dédiée du frigo.

Ces petits rôles donnent du sens et rendent le projet concret pour chacun.

Compost, tri, recyclage : ce qui change vraiment la poubelle

En Suisse romande, de nombreuses communes proposent déjà le compostage ou le ramassage séparé des déchets verts. Pourtant, beaucoup de familles reconnaissent qu’elles ne l’utilisaient pas, par manque d’habitude ou par crainte des odeurs.

1. Installer un petit compost de cuisine

Le changement le plus marquant dans les volumes de poubelles vient souvent de là :

  • Un petit seau à compost avec couvercle sur le plan de travail ou sous l’évier.
  • Des sacs compostables ou un simple récipient rincé régulièrement.
  • Un seau plus grand à l’extérieur, ou un conteneur de quartier, selon ce que propose la commune.

Une famille de Lausanne a vu son nombre de sacs poubelle passer de 4 à 2 par mois juste en commençant à composter les épluchures, le marc de café et les restes végétaux. “On ne se rendait pas compte de tout ce qui partait à la poubelle alors que ce sont des ressources pour la terre”, témoigne le père.

2. Rendre le tri accessible à tous

Les colocations le savent : si le tri est compliqué, il n’est pas fait. Quelques idées pratiques qui ont bien fonctionné :

  • Un contenant clairement étiqueté pour le papier, un autre pour le carton, un pour le PET, un pour le verre.
  • Les bacs de tri rangés dans un endroit accessible, pas au fond de la cave.
  • Un “coin tri” bien identifié, parfois même décoré, pour le rendre plus visible.

Une colocation de six personnes à Lausanne a installé des pictogrammes simples au-dessus de chaque bac. “On avait trop de discussions du type ‘ça va où ?’. Maintenant c’est clair. On ne gagne peut-être pas du temps, mais on gagne en sérénité.”

Ce qui marche bien… et ce qui coince encore

Aucun des foyers rencontrés ne prétend être arrivé à un “zéro déchet” absolu. Plusieurs d’entre eux insistent sur l’importance d’accepter les limites :

  • Les médicaments restent emballés.
  • Certains produits alimentaires ne se trouvent pas en vrac dans leur région.
  • Les contraintes professionnelles ou familiales limitent parfois le temps disponible pour faire soi-même.

Ce qui ressort toutefois, c’est que :

  • Les gestes simples et visibles (bouteilles en PET, compost, savon solide) tiennent mieux dans la durée.
  • Les changements qui facilitent réellement la vie (moins de choses à ranger, moins de sacs lourds à porter) sont ceux qui motivent le plus.
  • Le soutien d’une communauté (amis, voisins, église, groupe de coloc) aide à persévérer, échanger des astuces, voire partager du matériel (extracteur de jus, machine à coudre, bocaux…).

Une famille de la région lausannoise résume avec humour : “On n’a pas des bocaux parfaits alignés comme sur Instagram. Mais on a réduit de moitié nos déchets. Et surtout, on a l’impression d’être un peu plus cohérents avec ce qu’on croit.”

Par où commencer chez vous ?

Si vous avez envie d’essayer, sans tout changer d’un coup, voici quelques pistes très concrètes, déjà testées en Suisse romande :

  • Choisir un geste dans la cuisine (par exemple : plus de bouteilles en PET à la maison).
  • Choisir un geste dans la salle de bain (par exemple : passer au savon solide pour la douche).
  • Choisir un geste pour le ménage (par exemple : remplacer un produit par du vinaigre blanc ou une lessive en vrac).
  • Mettre en place un petit compost de cuisine si votre commune le permet.
  • En parler en famille ou en colocation comme un test de 30 jours, et faire un bilan ensemble.

Vous pouvez aussi vous appuyer sur des ressources locales :

  • Les magasins en vrac de votre ville ou région (Lausanne, Vevey, Fribourg, Neuchâtel, etc.).
  • Les permanences environnement des communes, qui informent sur le tri et le compost.
  • Les groupes d’échange entre parents ou jeunes de l’église, où l’on peut partager sacs, bocaux, astuces et retours d’expérience.

Chaque foyer trouvera son rythme. L’important est d’avancer pas à pas, en gardant en tête que chaque sac poubelle en moins, chaque habitude simplifiée, chaque geste transmis aux enfants ou aux colocataires, a une valeur réelle. Non seulement pour l’environnement, mais aussi pour notre manière de vivre ensemble, avec plus de cohérence, de sobriété et de soin pour la création qui nous entoure.