Retrofit moteur electrique : comprendre la transformation de son véhicule pour consommer moins

Retrofit moteur electrique : comprendre la transformation de son véhicule pour consommer moins

Et si, au lieu de changer de voiture, nous changions… son cœur ? Le retrofit électrique, c’est exactement cela : remplacer le moteur thermique par un moteur électrique pour continuer à utiliser un véhicule que l’on connaît bien, tout en consommant moins et en polluant moins. Une idée qui parle à ceux qui aiment la sobriété, le bon sens et la responsabilité envers la création.

Qu’est-ce que le retrofit électrique, concrètement ?

Le mot vient de l’anglais « to retrofit » : moderniser un équipement existant en y ajoutant de nouvelles technologies. Pour une voiture, cela signifie retirer le moteur essence ou diesel, le réservoir et une partie de la ligne d’échappement, puis installer :

  • un moteur électrique,
  • un pack de batteries,
  • un système de gestion électronique (contrôleur),
  • une prise de recharge,
  • des modifications de freinage et parfois de suspension.

De l’extérieur, la voiture ne change presque pas. À l’intérieur non plus. Mais sous le capot, tout est différent. On garde la carrosserie, les sièges, le coffre, les souvenirs de vacances en famille… et on remplace la partie la plus polluante par une technologie plus sobre.

Pourquoi s’y intéresser quand on est une famille « normale » ?

Le retrofit peut sembler réservé aux passionnés d’anciennes voitures ou aux bricoleurs. Pourtant, les questions qu’il soulève sont très quotidiennes :

  • Comment réduire les coûts de carburant ?
  • Comment diminuer notre impact environnemental sans changer de véhicule tous les 5 ans ?
  • Comment concilier budget, écologie et contraintes familiales (école, travail, courses, activités des enfants) ?

Pour beaucoup de foyers, le dilemme est clair : acheter un véhicule électrique neuf reste cher, même avec des aides. Et mettre à la casse une voiture qui roule encore bien, c’est frustrant, voire choquant. Le retrofit propose un chemin intermédiaire : prolonger la vie du véhicule en le rendant plus propre.

Comment se passe la transformation ? Étape par étape

Dans un garage agréé, la transformation suit un processus assez rigoureux. En résumé, pour un véhicule léger, cela ressemble à ceci :

  • Étude préalable : le professionnel vérifie si le modèle de votre véhicule est éligible (place disponible, poids, compatibilité technique, homologation possible). Certains modèles sont plus « simples » à rétrofiter que d’autres.
  • Démontage : retrait du moteur thermique, du réservoir, de l’échappement, parfois de la boîte de vitesses.
  • Installation du moteur électrique : il est fixé sur le châssis ou à la place de l’ancien moteur, puis relié aux roues (avec ou sans boîte de vitesses selon les kits).
  • Pose des batteries : elles sont généralement installées sous le plancher, à la place du réservoir ou dans un espace dédié, pour respecter l’équilibre du véhicule.
  • Électronique et sécurité : installation du contrôleur, des câbles haute tension, des sécurités (coupure en cas de choc, etc.).
  • Tests et homologation : essais sur route, contrôle technique spécifique, démarches administratives pour faire reconnaître officiellement la nouvelle motorisation.

Cela prend plusieurs jours, parfois quelques semaines, selon le modèle et la charge de travail du garage. Le véhicule sort avec une nouvelle carte grise (ou permis de circulation) mentionnant l’énergie électrique, et doit répondre aux normes en vigueur.

Cadre légal : où en est-on en Suisse et en Europe ?

La réglementation évolue vite, et il est important de vérifier les règles locales avant de se lancer.

En Suisse, les transformations de véhicules sont encadrées par les prescriptions techniques de l’OFROU et contrôlées par les services cantonaux des automobiles. Un retrofit doit être approuvé, testé et inscrit dans les papiers du véhicule. Certains kits de conversion commencent à être proposés pour des flottes professionnelles (véhicules utilitaires, bus), mais la pratique reste encore marginale pour les particuliers, même si l’intérêt grandit.

En France, le retrofit est officiellement encadré depuis 2020, avec un décret qui définit les conditions techniques et les entreprises habilitées. Des sociétés se sont spécialisées dans la conversion de petites citadines (Twingo, 2CV, Clio, etc.). Cela donne une idée de ce qui pourrait se développer en Suisse dans les années à venir.

Dans tous les cas, un point reste central : ne jamais tenter une conversion « maison » sans homologation. Au-delà des risques de sécurité, vous pourriez avoir un véhicule impossible à assurer ou interdit de circulation.

Combien ça coûte ? Une question impossible à éviter

Les chiffres varient fortement selon le véhicule, le pays et la taille des batteries. Pour donner un ordre de grandeur, en Europe, on voit souvent des conversions de voitures particulières entre 15 000 et 30 000 CHF, parfois plus pour des modèles complexes ou des utilitaires.

À comparer avec :

  • le prix d’un véhicule électrique neuf (souvent entre 30 000 et 50 000 CHF),
  • le coût annuel en carburant, entretien et taxes d’un véhicule thermique,
  • la valeur sentimentale ou pratique du véhicule actuel (véhicule adapté au handicap, utilitaire bien aménagé, voiture familiale fiable).

Le retrofit n’est donc pas une solution « bon marché » à court terme. Il s’agit plutôt d’un investissement de long terme pour ceux qui souhaitent :

  • réduire fortement leurs émissions locales,
  • prolonger un véhicule plutôt que d’en acheter un nouveau,
  • s’engager dans une démarche écologique cohérente avec leurs valeurs.

Certains pays européens commencent à proposer des aides financières pour les conversions, comme pour l’achat de véhicules électriques. En Suisse, les dispositifs d’encouragement se concentrent pour l’instant davantage sur l’achat de véhicules neufs, mais ce sujet pourrait évoluer à mesure que le retrofit gagne en visibilité.

Et la consommation, justement ?

Passer au moteur électrique change profondément la manière dont un véhicule consomme de l’énergie.

Une voiture thermique moyenne consomme entre 6 et 8 litres aux 100 km. En énergie, cela représente environ 60 à 80 kWh/100 km (un litre d’essence contient environ 9 kWh d’énergie, mais le moteur n’en utilise qu’une partie).

Une voiture électrique, elle, consomme en général entre 12 et 20 kWh/100 km. Même si l’électricité n’est pas parfaite, le rendement est bien meilleur : l’énergie sert principalement à faire avancer la voiture, pas à chauffer le moteur.

Avec un retrofit bien conçu, on obtient souvent des consommations proches de celles des voitures électriques de série :

  • trajets urbains : autour de 12–15 kWh/100 km,
  • trajets mixtes : 15–18 kWh/100 km,
  • autoroute : parfois plus, selon l’aérodynamique du véhicule.

Pour un foyer qui effectue 10 000 à 15 000 km par an, la facture énergétique peut baisser de manière sensible, surtout si l’on recharge la voiture la nuit, lorsqu’il y a moins de demande et parfois des tarifs plus bas (selon le contrat d’électricité).

Impact environnemental : ce que l’on gagne vraiment

On entend souvent : « Certes, l’électrique ne rejette rien au pot d’échappement, mais les batteries polluent. » La question est légitime, surtout pour des chrétiens soucieux de ne pas se contenter de solutions d’image.

Le retrofit présente deux avantages majeurs sur ce plan :

  • On évite de fabriquer une nouvelle voiture entière : la carrosserie, les plastiques, une grande partie de la structure sont déjà là. On économise donc une partie importante des émissions liées à la production d’un véhicule neuf.
  • On réduit immédiatement les émissions locales (CO₂, NOx, particules) dans les rues, près des écoles, des maisons de retraite, des lieux de culte.

Certes, la fabrication de batteries a un impact, et le bilan dépend aussi du mix électrique du pays. En Suisse, où l’électricité est majoritairement d’origine hydraulique et nucléaire, les émissions par kWh sont relativement faibles. Le bilan global d’un véhicule rétrofité peut donc être très favorable par rapport à un véhicule thermique maintenu en circulation.

Pour les familles, cela signifie : moins de bruit, moins d’odeurs, moins de pollution près de la maison, tout en gardant une voiture adaptée aux besoins quotidiens.

Quelques exemples concrets de situations où le retrofit a du sens

Sans entrer dans des scénarios idéalisés, voici des cas très concrets où la conversion peut être pertinente :

  • Une petite citadine utilisée pour des trajets courts (école, courses, travail en ville). La voiture roule peu mais consomme beaucoup en ville, là où la pollution est la plus gênante. Un retrofit permet de garder le véhicule et de le rendre très adapté à ce type d’usage.
  • Un véhicule utilitaire de quartier (artisan, association, paroisse, EMS). Changer de véhicule représente un gros investissement, mais le rétrofit permet de continuer à utiliser un fourgon dont l’aménagement est déjà optimisé (rangements, équipement).
  • Un véhicule ancien avec une valeur affective forte (voiture de famille, minibus, combi utilisé pour les camps). Plutôt que de le laisser au garage ou de le vendre, on lui donne une deuxième vie, plus sobre et plus silencieuse.

Dans la vie d’une communauté, on peut imaginer par exemple un minibus d’église converti à l’électrique pour les sorties de jeunes : moins de bruit, moins de fumées devant les locaux, une image cohérente avec un souci de la création… et des frais de carburant réduits sur la durée.

Les limites et les questions à se poser avant de se lancer

Le retrofit n’est pas une solution miracle. Avant d’envisager une conversion, il est utile de se poser quelques questions honnêtes :

  • Le véhicule est-il en bon état général ? Investir dans un retrofit sur une voiture dont la carrosserie est très abîmée ou la structure rouillée n’a guère de sens.
  • Le besoin en autonomie est-il raisonnable ? Sur des véhicules rétrofités, l’autonomie dépasse rarement 150 à 250 km. Pour de longs trajets autoroutiers fréquents, cela peut être limitant.
  • Les usages réels sont-ils compatibles avec la recharge ? A-t-on une place de parc avec accès à une prise ? Peut-on laisser le véhicule charger plusieurs heures ?
  • Le budget global est-il aligné avec les priorités du foyer ? Le choix d’un retrofit peut être cohérent sur le plan écologique, mais il doit aussi rester supportable financièrement.

Dans certains cas, la solution la plus sobre peut aussi être… de garder son véhicule thermique quelques années de plus, de réduire certains trajets, de covoiturer, ou de combiner transports publics et mobilité douce. Le retrofit est un outil parmi d’autres, pas une obligation morale.

Comment se préparer dès maintenant, même si l’offre est encore limitée

En Suisse romande, et plus largement en Europe, l’offre de retrofit pour les particuliers reste encore en phase de développement. Mais il est possible de se préparer, sans engager un franc tout de suite.

  • Identifier ses besoins réels : noter pendant quelques semaines le type de trajets (distance, fréquence, dénivelé). On est souvent surpris du nombre de trajets courts.
  • Se renseigner auprès des garagistes locaux : certains suivent déjà le sujet, d’autres s’y forment. Demander simplement : « Vous intéressez-vous au retrofit ? » permet de tester le terrain.
  • Suivre l’actualité : des projets pilotes, des coopératives, voire des collectivités locales commencent à s’intéresser à ces conversions. Les choses évoluent vite.
  • Réfléchir en communauté : une église, une association de quartier, un groupe de voisins peuvent parfois mutualiser un projet (par exemple la conversion d’un véhicule partagé).

Cette démarche d’anticipation permet de ne pas subir les décisions (zones à faibles émissions, restrictions de circulation) mais de les intégrer progressivement dans ses choix.

Un changement technique… et un état d’esprit

Transformer un moteur thermique en moteur électrique, c’est évidemment une affaire de mécanique et d’électronique. Mais derrière, il y a une manière de regarder les objets qui nous entourent : au lieu de jeter pour racheter, on répare, on adapte, on fait durer.

Cette attitude rejoint des valeurs souvent mises en avant dans la vie d’église : respect de la création, sobriété, responsabilité envers les générations futures. Sans en faire un absolu, le retrofit peut devenir un symbole concret : nous faisons notre part, avec les moyens dont nous disposons, pour laisser un air plus respirable et un monde un peu moins gaspilleur.

Que l’on choisisse ou non de convertir sa voiture, la question posée par le retrofit est précieuse : comment transformer l’existant plutôt que tout remplacer ? Dans nos garages, dans nos foyers, mais aussi dans nos habitudes.