La « parentalité positive » est partout. Dans les librairies, sur les réseaux sociaux, dans les conversations à la sortie de l’école. En Suisse romande, beaucoup de parents aimeraient s’en inspirer… sans se sentir obligés de devenir des mamans et papas parfaits, toujours calmes, toujours disponibles, toujours pédagogues.
Dans cet article, je vous propose un regard réaliste, ancré dans notre contexte romand, avec ce qui marche vraiment dans les familles d’ici. Pas des recettes magiques, mais des pistes concrètes, testées dans la vraie vie : entre trajets en bus, devoirs de maths, conflits de fratrie et fatigue du soir.
La parentalité positive, de quoi parle-t-on vraiment ?
Derrière l’expression « parentalité positive », on trouve plusieurs idées simples :
Ce que la parentalité positive n’est pas :
En Romandie, beaucoup de parents se situent déjà dans cette démarche, parfois sans le savoir. Ils veulent une relation respectueuse avec leurs enfants, tout en gardant leur rôle d’adultes. Le défi, c’est de tenir ce cap dans la durée, avec les contraintes du quotidien.
Le contexte romand : des familles sous pression
La manière d’être parent en Suisse romande est marquée par plusieurs réalités très concrètes :
Dans ce contexte, certaines idées de la parentalité positive peuvent sembler irréalistes. Qui a le temps de discuter calmement dix minutes de chaque conflit quand il faut être à la gare à 7h52 ? Pourtant, c’est précisément là que quelques ajustements peuvent tout changer.
La question n’est pas : « Suis-je un parent suffisamment positif ? », mais plutôt : « Où puis-je introduire, dans ma famille d’aujourd’hui, un peu plus de clarté, de respect et de bienveillance… sans exploser mon agenda ni ma santé mentale ? »
Ce qui marche vraiment : des petites choses, régulières
Dans les familles romandes que j’ai rencontrées, ce ne sont pas les grands discours qui font la différence, mais des habitudes simples, répétées jour après jour.
Quelques exemples :
Rien de spectaculaire. Mais répété jour après jour, ce type d’attitude construit une ambiance différente à la maison.
Encourager plutôt que menacer : oui, mais comment ?
On entend souvent : « Il faut encourager, pas punir. » Dans la pratique, ce qui fonctionne dans nos familles, ce sont des encouragements concrets et crédibles.
Par exemple :
Une maman de la région de Lausanne me disait : « Quand j’ai arrêté de dire uniquement ce qui n’allait pas, l’ambiance a changé. Mon fils de 9 ans est devenu plus coopératif, sans que je change tout le reste. J’ai juste appris à remarquer ce qu’il faisait bien. »
Cela ne supprime pas les règles, ni les sanctions quand c’est nécessaire. Mais le message principal devient : « Je vois tes efforts », pas seulement « Je vois tes bêtises ».
Dire non sans se justifier pendant dix minutes
En Suisse romande, beaucoup de parents aiment expliquer. C’est une force : l’enfant comprend mieux. Mais parfois, on s’épuise à négocier sans fin. La parentalité positive ne demande pas une justification détaillée de chaque « non ».
Quelques repères utiles :
Un père de Fribourg me racontait : « Avant, je me lançais dans de longues discussions pour tout. J’avais l’impression d’être “positif”, mais en réalité, je finissais par céder juste pour que ça s’arrête. Maintenant, je dis : “Je comprends que tu sois déçu. La réponse reste non. On en reparlera si tu veux quand tu seras calmé.” C’est plus simple pour lui… et pour moi. »
Gérer les émotions fortes : les leurs… et les nôtres
La parentalité positive parle beaucoup des émotions des enfants. En Romandie, on commence à être à l’aise avec l’idée de « mettre des mots » : « Tu es fâché », « Tu es triste », etc. Mais il ne suffit pas de nommer l’émotion ; il faut aussi offrir un cadre.
Quelques pistes concrètes :
Et les nôtres, d’émotions ? Un parent romand me disait : « On nous parle beaucoup d’accueillir les émotions de l’enfant, mais moi, qui accueille les miennes après une journée de travail et un embouteillage sur l’A1 ? »
Un des gestes positifs les plus puissants, c’est simplement de reconnaître devant son enfant :
Loin de nous faire perdre de l’autorité, ce type de phrase montre que l’on prend la responsabilité de nos propres réactions. Les enfants apprennent ainsi que l’on peut se tromper, s’excuser, et repartir.
Quand la foi et la communauté s’en mêlent
Dans beaucoup de familles de notre région, la foi chrétienne fait partie du quotidien, même si c’est de manière discrète. La parentalité positive trouve alors un écho particulier : respect de la dignité de chacun, pardon, patience, justice… Ces mots ne sont pas que des concepts éducatifs.
Concrètement, cela peut se traduire par :
Dans les activités d’église, les enfants et les ados découvrent d’autres adultes qui les écoutent, les encouragent, posent un cadre. Pour les parents, c’est un soutien précieux : on n’est pas seul à porter l’éducation de nos enfants.
Plusieurs familles romandes témoignent que les camps, les groupes de jeunes ou les cultes « famille » donnent parfois l’occasion de conversations importantes avec leurs enfants : questions existentielles, peurs, amitiés difficiles. Ce tissu communautaire renforce la démarche de parentalité positive : l’enfant se sait entouré par plusieurs adultes bienveillants.
Ce qui coince souvent… et comment ajuster
En discutant avec des parents d’ici, certains blocages reviennent régulièrement. En voici quelques-uns, avec des pistes d’ajustement réalistes.
1. « Je n’ai pas le temps d’appliquer tout ça. »
2. « Je perds mon calme trop vite. »
3. « Mon conjoint n’a pas la même vision. »
4. « Les grands-parents ne comprennent pas ma démarche. »
La vie numérique : un terrain d’entraînement grandeur nature
En Suisse romande, la question des écrans est devenue centrale dans les familles. Là encore, la parentalité positive peut aider à sortir du « tout ou rien ».
Quelques repères utiles :
Un parent de la région de Genève témoigne : « On a fait un “contrat smartphone” écrit avec notre fille de 12 ans. Elle a pu donner son avis, négocier certains points. On n’est pas d’accord sur tout, mais elle a signé, nous aussi. Quand il y a un dérapage, on revient à ce document plutôt qu’à nos humeurs du moment. »
Poser un cadre, écouter, ajuster : la parentalité positive, appliquée au numérique, devient un laboratoire de confiance et de responsabilité.
Et quand tout part de travers ?
Il y a des jours (voire des semaines) où rien ne ressemble à l’image d’Épinal d’une famille « positive ». Les enfants se disputent, les parents s’énervent, les soirées finissent dans les larmes ou le silence glacé.
Dans ces moments-là, quelques repères peuvent aider :
Beaucoup de parents romands témoignent que ces périodes difficiles deviennent aussi des occasions de remise en question et d’approfondissement : demander de l’aide, parler à un autre couple, rencontrer un conseiller conjugal, s’ouvrir à un responsable d’église ou à un ami de confiance.
La parentalité positive ne promet pas une vie familiale sans conflit, mais elle offre un cadre pour traverser ces crises sans renoncer au respect mutuel.
Des ressources locales pour aller plus loin
En Suisse romande, plusieurs pistes existent pour nourrir cette démarche :
Nul besoin de tout tester. L’important est de ne pas rester seul avec ses questions. Entendre d’autres parents dire : « Nous aussi, on galère », peut déjà changer la manière dont on se regarde soi-même.
Quelques idées simples à essayer dès cette semaine
Pour terminer, voici quelques actions concrètes, adaptées à notre rythme romand, que vous pouvez tester sans révolutionner toute votre organisation.
La parentalité positive à la sauce romande, ce n’est pas une méthode à appliquer au pied de la lettre. C’est un chemin, ajusté à nos familles, à nos villages, à nos quartiers, à nos églises. Un chemin fait de petites décisions quotidiennes, de ratés assumés, de pardons donnés et reçus… et d’un lien qui se construit, jour après jour, entre des parents imparfaits et des enfants en croissance.
