La parentalité positive à la sauce romande : ce qui marche vraiment dans les familles d’aujourd’hui

La parentalité positive à la sauce romande : ce qui marche vraiment dans les familles d’aujourd’hui

La « parentalité positive » est partout. Dans les librairies, sur les réseaux sociaux, dans les conversations à la sortie de l’école. En Suisse romande, beaucoup de parents aimeraient s’en inspirer… sans se sentir obligés de devenir des mamans et papas parfaits, toujours calmes, toujours disponibles, toujours pédagogues.

Dans cet article, je vous propose un regard réaliste, ancré dans notre contexte romand, avec ce qui marche vraiment dans les familles d’ici. Pas des recettes magiques, mais des pistes concrètes, testées dans la vraie vie : entre trajets en bus, devoirs de maths, conflits de fratrie et fatigue du soir.

La parentalité positive, de quoi parle-t-on vraiment ?

Derrière l’expression « parentalité positive », on trouve plusieurs idées simples :

  • poser un cadre clair et sécurisant
  • éviter les humiliations et les violences (physiques ou verbales)
  • chercher à comprendre ce que vit l’enfant derrière son comportement
  • encourager plutôt que menacer en permanence
  • Ce que la parentalité positive n’est pas :

  • laisser tout passer « pour ne pas le frustrer »
  • laisser l’enfant décider de tout
  • être toujours zen et jamais en colère
  • transformer chaque repas en atelier Montessori
  • En Romandie, beaucoup de parents se situent déjà dans cette démarche, parfois sans le savoir. Ils veulent une relation respectueuse avec leurs enfants, tout en gardant leur rôle d’adultes. Le défi, c’est de tenir ce cap dans la durée, avec les contraintes du quotidien.

    Le contexte romand : des familles sous pression

    La manière d’être parent en Suisse romande est marquée par plusieurs réalités très concrètes :

  • des journées très structurées (horaires de bus, écoles, activités extra-scolaires)
  • une forte exigence scolaire dès le primaire, selon les cantons
  • des parents souvent à deux emplois, ou un temps partiel qui reste chargé
  • des grands-parents parfois loin ou déjà très sollicités
  • Dans ce contexte, certaines idées de la parentalité positive peuvent sembler irréalistes. Qui a le temps de discuter calmement dix minutes de chaque conflit quand il faut être à la gare à 7h52 ? Pourtant, c’est précisément là que quelques ajustements peuvent tout changer.

    La question n’est pas : « Suis-je un parent suffisamment positif ? », mais plutôt : « Où puis-je introduire, dans ma famille d’aujourd’hui, un peu plus de clarté, de respect et de bienveillance… sans exploser mon agenda ni ma santé mentale ? »

    Ce qui marche vraiment : des petites choses, régulières

    Dans les familles romandes que j’ai rencontrées, ce ne sont pas les grands discours qui font la différence, mais des habitudes simples, répétées jour après jour.

    Quelques exemples :

  • Un rituel d’accueil quand on se retrouve : un câlin, un « contente de te revoir », avant de parler cartable ou chaussettes qui traînent.
  • Des règles courtes et claires, formulées positivement : « On parle sans crier » plutôt que « Arrête de hurler tout le temps ».
  • Des limites annoncées à l’avance : « Encore un épisode, puis on éteint » plutôt que d’arracher la tablette d’un coup.
  • Une phrase-clé en cas de tension : « On fait une pause, on en parle après » pour éviter d’enchaîner cris sur cris.
  • Rien de spectaculaire. Mais répété jour après jour, ce type d’attitude construit une ambiance différente à la maison.

    Encourager plutôt que menacer : oui, mais comment ?

    On entend souvent : « Il faut encourager, pas punir. » Dans la pratique, ce qui fonctionne dans nos familles, ce sont des encouragements concrets et crédibles.

    Par exemple :

  • Remarquer un petit pas : « Tu t’es arrêté avant de taper ton frère, c’est bien, on va chercher ensemble une autre solution. »
  • Valoriser l’effort, pas seulement le résultat : « Tu as vraiment pris ton temps pour écrire proprement, je le vois. »
  • Associer le positive à la responsabilité : « Tu as rangé tes affaires sans qu’on te le demande, ça nous aide tous, merci. »
  • Une maman de la région de Lausanne me disait : « Quand j’ai arrêté de dire uniquement ce qui n’allait pas, l’ambiance a changé. Mon fils de 9 ans est devenu plus coopératif, sans que je change tout le reste. J’ai juste appris à remarquer ce qu’il faisait bien. »

    Cela ne supprime pas les règles, ni les sanctions quand c’est nécessaire. Mais le message principal devient : « Je vois tes efforts », pas seulement « Je vois tes bêtises ».

    Dire non sans se justifier pendant dix minutes

    En Suisse romande, beaucoup de parents aiment expliquer. C’est une force : l’enfant comprend mieux. Mais parfois, on s’épuise à négocier sans fin. La parentalité positive ne demande pas une justification détaillée de chaque « non ».

    Quelques repères utiles :

  • Pour les petites choses du quotidien (dessert, écran, heure du bain), une explication courte suffit.
  • Pour les limites importantes (respect, sécurité, règles de famille), on peut prendre plus de temps… mais pas toujours sur le moment, surtout si tout le monde est énervé.
  • Il est possible de maintenir un non, même si l’enfant n’est pas d’accord. L’objectif n’est pas qu’il soit toujours « content », mais qu’il se sente écouté et respecté.
  • Un père de Fribourg me racontait : « Avant, je me lançais dans de longues discussions pour tout. J’avais l’impression d’être “positif”, mais en réalité, je finissais par céder juste pour que ça s’arrête. Maintenant, je dis : “Je comprends que tu sois déçu. La réponse reste non. On en reparlera si tu veux quand tu seras calmé.” C’est plus simple pour lui… et pour moi. »

    Gérer les émotions fortes : les leurs… et les nôtres

    La parentalité positive parle beaucoup des émotions des enfants. En Romandie, on commence à être à l’aise avec l’idée de « mettre des mots » : « Tu es fâché », « Tu es triste », etc. Mais il ne suffit pas de nommer l’émotion ; il faut aussi offrir un cadre.

    Quelques pistes concrètes :

  • Autoriser l’émotion, poser une limite sur le comportement : « Tu as le droit d’être très fâché. Par contre, tu n’as pas le droit de frapper. »
  • Proposer une alternative : « Tu peux crier dans le coussin / dessiner / venir t’asseoir à côté de moi. »
  • Montrer que l’on reste là, même si c’est difficile : « Je suis là. On parlera quand tu seras prêt. »
  • Et les nôtres, d’émotions ? Un parent romand me disait : « On nous parle beaucoup d’accueillir les émotions de l’enfant, mais moi, qui accueille les miennes après une journée de travail et un embouteillage sur l’A1 ? »

    Un des gestes positifs les plus puissants, c’est simplement de reconnaître devant son enfant :

  • « Je suis très fatiguée ce soir, je risque de m’énerver plus vite. »
  • « J’ai crié tout à l’heure, je regrette. Ce n’était pas la bonne manière. On peut en parler ? »
  • Loin de nous faire perdre de l’autorité, ce type de phrase montre que l’on prend la responsabilité de nos propres réactions. Les enfants apprennent ainsi que l’on peut se tromper, s’excuser, et repartir.

    Quand la foi et la communauté s’en mêlent

    Dans beaucoup de familles de notre région, la foi chrétienne fait partie du quotidien, même si c’est de manière discrète. La parentalité positive trouve alors un écho particulier : respect de la dignité de chacun, pardon, patience, justice… Ces mots ne sont pas que des concepts éducatifs.

    Concrètement, cela peut se traduire par :

  • un temps calme le soir où l’on remercie pour la journée, même si elle a été mouvementée
  • des mots de pardon échangés après un conflit, entre parents et enfants
  • un lien avec la communauté d’église : groupes de parents, responsables jeunesse, moniteurs d’école du dimanche, etc.
  • Dans les activités d’église, les enfants et les ados découvrent d’autres adultes qui les écoutent, les encouragent, posent un cadre. Pour les parents, c’est un soutien précieux : on n’est pas seul à porter l’éducation de nos enfants.

    Plusieurs familles romandes témoignent que les camps, les groupes de jeunes ou les cultes « famille » donnent parfois l’occasion de conversations importantes avec leurs enfants : questions existentielles, peurs, amitiés difficiles. Ce tissu communautaire renforce la démarche de parentalité positive : l’enfant se sait entouré par plusieurs adultes bienveillants.

    Ce qui coince souvent… et comment ajuster

    En discutant avec des parents d’ici, certains blocages reviennent régulièrement. En voici quelques-uns, avec des pistes d’ajustement réalistes.

    1. « Je n’ai pas le temps d’appliquer tout ça. »

  • Choisir un seul moment de la journée à « travailler » (par exemple le coucher ou le retour de l’école), plutôt que tout changer d’un coup.
  • Remplacer une habitude à la fois : au lieu de trois menaces avant le bain, une seule consigne claire et une conséquence annoncée.
  • 2. « Je perds mon calme trop vite. »

  • Préparer une phrase « anti-crise » pour soi-même : « Stop, je vais dans la cuisine deux minutes. »
  • Accepter que la parentalité positive ne signifie pas « ne jamais crier », mais « apprendre de ce qui s’est passé ».
  • 3. « Mon conjoint n’a pas la même vision. »

  • Commencer par parler de ce qui fonctionne déjà, plutôt que des désaccords.
  • Choisir une ou deux règles communes, même si tout le reste n’est pas aligné.
  • 4. « Les grands-parents ne comprennent pas ma démarche. »

  • Expliquer une ou deux valeurs clés (« On veut éviter les humiliations, même pour rire. ») plutôt que tout le concept de parentalité positive.
  • Reconnaître aussi ce que les grands-parents apportent de bon : disponibilité, expériences, traditions familiales.
  • La vie numérique : un terrain d’entraînement grandeur nature

    En Suisse romande, la question des écrans est devenue centrale dans les familles. Là encore, la parentalité positive peut aider à sortir du « tout ou rien ».

    Quelques repères utiles :

  • Fixer des règles claires avant d’acheter un smartphone ou une console (temps, horaires, lieux autorisés).
  • Discuter ensemble des contenus : « Qu’est-ce que tu regardes ? Qu’est-ce que tu aimes là-dedans ? »
  • Montrer l’exemple : les enfants remarquent très vite si le téléphone des parents est plus important que ce qu’ils racontent.
  • Un parent de la région de Genève témoigne : « On a fait un “contrat smartphone” écrit avec notre fille de 12 ans. Elle a pu donner son avis, négocier certains points. On n’est pas d’accord sur tout, mais elle a signé, nous aussi. Quand il y a un dérapage, on revient à ce document plutôt qu’à nos humeurs du moment. »

    Poser un cadre, écouter, ajuster : la parentalité positive, appliquée au numérique, devient un laboratoire de confiance et de responsabilité.

    Et quand tout part de travers ?

    Il y a des jours (voire des semaines) où rien ne ressemble à l’image d’Épinal d’une famille « positive ». Les enfants se disputent, les parents s’énervent, les soirées finissent dans les larmes ou le silence glacé.

    Dans ces moments-là, quelques repères peuvent aider :

  • Se rappeler que l’éducation se joue sur la durée, pas sur une seule mauvaise journée.
  • Repérer un petit détail qui s’est bien passé malgré tout, et le nommer.
  • Choisir une seule chose à améliorer pour le lendemain, pas toute la vie de famille.
  • Beaucoup de parents romands témoignent que ces périodes difficiles deviennent aussi des occasions de remise en question et d’approfondissement : demander de l’aide, parler à un autre couple, rencontrer un conseiller conjugal, s’ouvrir à un responsable d’église ou à un ami de confiance.

    La parentalité positive ne promet pas une vie familiale sans conflit, mais elle offre un cadre pour traverser ces crises sans renoncer au respect mutuel.

    Des ressources locales pour aller plus loin

    En Suisse romande, plusieurs pistes existent pour nourrir cette démarche :

  • les soirées ou parcours pour couples et parents proposés dans certaines églises ou associations
  • les conférences organisées par les communes, les écoles ou les associations de parents
  • les consultations de couple et de famille (services sociaux, organismes chrétiens ou laïcs)
  • les groupes de mamans ou de papas qui se retrouvent régulièrement pour échanger
  • Nul besoin de tout tester. L’important est de ne pas rester seul avec ses questions. Entendre d’autres parents dire : « Nous aussi, on galère », peut déjà changer la manière dont on se regarde soi-même.

    Quelques idées simples à essayer dès cette semaine

    Pour terminer, voici quelques actions concrètes, adaptées à notre rythme romand, que vous pouvez tester sans révolutionner toute votre organisation.

  • Choisir un moment par jour pour une vraie écoute (5 minutes sans téléphone, sans écran, juste pour parler de sa journée).
  • Modifier une phrase habituelle : remplacer « Dépêche-toi ! » par « De quoi as-tu besoin pour être prêt dans 5 minutes ? »
  • Instaurer un « merci » du soir : chacun dit une chose positive vécue dans la journée, même très simple.
  • Décider d’une règle familiale formulée « en positif » (par exemple : « On se parle avec respect, même quand on est fâché. ») et l’afficher dans la cuisine.
  • Prendre un moment, seul ou en couple, pour identifier une valeur que vous voulez transmettre coûte que coûte (respect, honnêteté, foi, entraide…), puis voir comment elle se traduit concrètement à la maison.
  • La parentalité positive à la sauce romande, ce n’est pas une méthode à appliquer au pied de la lettre. C’est un chemin, ajusté à nos familles, à nos villages, à nos quartiers, à nos églises. Un chemin fait de petites décisions quotidiennes, de ratés assumés, de pardons donnés et reçus… et d’un lien qui se construit, jour après jour, entre des parents imparfaits et des enfants en croissance.